Très largement entrée dans les mœurs, l’incinération semble ne plus faire débat. 
Certains, comme Élisabeth Muller, tiennent cependant à l’inhumation, pour eux-mêmes et leurs proches.
Si je suis hostile à l’incinération, c’est parce que je trouve ce procédé d’une violence inouïe. À l’égard du corps tout d’abord, création divine qui selon moi mérite le respect : même s’il est inerte, fortement dégradé et destiné à la poussière, il a été « temple du Saint-Esprit »1 et reste marqué par l’histoire d’une personne. Même s’il n’est pas question de le sacraliser ou de l’idolâtrer, l’honorer est selon moi important et la perspective de le brûler comme on se débarrasse d’un déchet, insupportable.
Je trouve l’anéantissement rapide du corps par le feu d’une grande violence aussi pour celles et ceux qui doivent prendre congé de la personne aimée. J’ai plusieurs fois assisté à la mise en terre d’urnes d’êtres chers et trouve terrible de se voir « remettre » cette boîte contenant des cendres alors que parfois, la personne pouvait encore être touchée, caressée, moins d’une semaine auparavant.
Enfin, la confession de foi chrétienne qui parle de Jésus enseveli, déposé dans une tombe puis ressuscité, est pour moi évocatrice du grain jeté en terre, promesse d’abondance de vie. J’aime cette idée que, même si j’en ignore tout, ma personne deviendra humus et sera tout entière ressuscitée.
Élisabeth Muller,
Strasbourg