
Il n’est vraiment pas nécessaire d’imaginer un enfer surnaturel. Les conditions d’existence de beaucoup d’êtres humains, ici et maintenant, sont déjà bien assez infernales. Misère, violence, guerre, maladie, pollution, sont autant de fléaux qui font de la vie de beaucoup de nos semblables un véritable enfer. Dans mon engagement d’aumônier en psychiatrie, je suis confronté à des hommes et à des femmes qui sont en proie à des afflictions abyssales. Certains entendent des voix, se sentent possédés par un mal obscur qui les persécute et auquel ils ne parviennent pas à se soustraire. Devant certaines manifestations extrêmes de la souffrance psychique, il m’arrive de comprendre qu’à défaut d’explications médicales et scientifiques, on a pu les mettre, autrefois, sur le compte de possessions démoniaques et diaboliques. Mais le temps de la superstition est désormais (en principe) révolu. Par les progrès de la raison et de la pensée, il est devenu possible d’expliquer, au moins en partie, les causes de ces terribles maladies de l’esprit et de les traiter avec des remèdes plus ou moins efficaces. Alors oui, l’enfer existe. J’y suis confronté à travers les cruelles réalités de la pathologie, de la dépression et les abîmes vertigineux de la douleur psychique. Se tenir auprès de d’êtres humains terrassés par l’angoisse et le désespoir, leur porter attention, leur dire que leur vie a autant de valeur que n’importe quelle vie, c’est, je l’espère, faire reculer les murs oppressants de l’enfer.
Michel Weckel,
pasteur